Partager l'article ! Mon intervention lors de l'installation de la nouvelle Assemblée Départementale: Monsieur le Président, Cher (es) Collègues, ...
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Monsieur le Président,
Cher (es) Collègues,
En préalable à mon propos, permettez-moi sincèrement de vous féliciter pour votre réélection à la présidence de notre assemblée au lendemain des élections cantonales de mars 2011.
Ce scrutin, a bien des égards, était atypique puisque les élections n'étaient couplées à aucune autre comme ce fut le cas en 2004 avec les élections régionales ou en mars 2008 avec les élections municipales.
C'est également sans doute la dernière fois que nos concitoyens, en tout cas celles et ceux qui étaient concernés par ce scrutin et ont rempli leur devoir civique, ont voté pour leurs conseillers généraux.
En 2014, en effet, nos concitoyens éliront des conseillers territoriaux dans le cadre des territoires qui vont se substituer aux cantons actuels.
L'abstention record qui a marqué les élections cantonales montre comme le soulignait récemment dans la presse un politologue "qu'on est sur des élections qui ne sont plus visibles" (Ouest-France 22/03/2011). Il ajoutait, je cite, "avec une telle abstention, les cantonales ne sont plus démocratiquement pertinentes". Je note que notre collègue Charles Josselin partage cette analyse et abonde dans ce sens lorsqu'il s'interroge sur l'institution cantonale (Ouest-France 28/03/2011). "Est-ce que l'institution cantonale doit trouver matière à être remise en cause ? Sans doute" dit-il.
L'abstention massive à ces élections cantonales, où moins d'un français sur deux est allé voter, nous interpelle.
C'est un fait majeur de notre démocratie représentative qui traduit un sentiment de défiance vis-à-vis de la classe politique en général mais aussi un désarroi profond face aux mutations suscitées par la mondialisation.
Notre département se singularise : l'abstention est restée inférieure à la moyenne nationale et la participation a été la plus élevée de Bretagne. Le record breton revient au canton de Corlay où 78 % des inscrits sont allés voter dimanche dernier. La campagne victorieuse de notre nouveau collègue conseiller général Jean LE CAM est pour beaucoup dans cette forte mobilisation de l'électorat.
Malgré ce sursaut civique, nous restons loin des niveaux de participation atteints en 2004 dans la plupart des cantons.
Pour autant, évitons comme la première secrétaire du Parti socialiste, de faire "des plans sur la comète" ou de tirer des conclusions hâtives sur ce qui se passera en mai 2012.
Non, ces élections cantonales n'étaient pas l'avant premier tour de l'élection présidentielle de 2012. Pour plusieurs raisons :
- D'abord, seulement la moitié de la France était concernée par ce scrutin.
- Ensuite, je l'ai dit, l'abstention a été record à chaque tour de scrutin de ces élections cantonales.
- Enfin, et c'est peut-être là l'essentiel, 9 Millions d'électrices et d'électeurs seulement sont allés voter le dimanche 20 mars pour le premier tour des cantonales contre 37 millions d'électeurs et d'électrices le 22 avril 2007 pour le premier tour de l'élection présidentielle.
La Première secrétaire du Parti socialiste ne s'embarrasse pas de ces éléments et proclame à qui veut l'entendre : "les Français ont ouvert la porte du changement".
Lequel ?
Rappelez-vous, en 1981, le Parti socialiste promettait à tous les français "de changer la vie", un an après, on n'y croyait déjà plus. Et en 1983, la messe était dite, c'était le tournant de la rigueur, le retour à la dure réalité économique et sociale et l'enterrement des utopies du programme commun.
Justement, quel est le programme du Parti socialiste ?
Est-ce le programme sur l'égalité réelle chère à la première Secrétaire et à son porte-parole Benoît Hamon ?
Nous n'avons aucun chiffrage en 40 pages de programme, en revanche tous les vieux classiques du socialisme y sont : les vœux pieux, les dépenses publiques nouvelles, les hausses d'impôts, les contraintes sur les collectivités et les entreprises et bien entendu comme d'habitude les promesses non financées. Il faudra bien que le Parti socialiste nous explique où il trouve l'argent pour les financer, car le Parti socialiste oublie trop souvent qu'avant de partager la richesse, il faut la créer !
Dès lors, on comprend mieux pourquoi dans un récent sondage (Ifop – Paris Match), plus de 60 % des Français pensent que la gauche ne ferait pas mieux que la majorité en place si elle était au pouvoir.
Au plan national, nous prenons acte du succès de la gauche lors de ces élections cantonales. Mais, comme le Premier Ministre, j'observe que "le recul de la majorité présidentielle est moins important qu'annoncé". En effet, il n'y a pas eu de vague rose. Le Parti socialiste enregistre certes 211 nouveaux élus départementaux mais la majorité présidentielle est loin de la "Bérézina" annoncée avec 234 nouveaux élus.
J'observe également qu'à l'occasion de ces élections cantonales peu de cantons ont connu l'alternance sauf en Côtes d'Armor où 3 cantons ont été perdus par la majorité de gauche.
A l'échelle des départements, ces élections cantonales n'enregistrent pas non plus une vague massive de départements qui basculent de droite à gauche. Au contraire, les équilibres politiques se stabilisent.
En revanche, je note le basculement de gauche à droite du département du Val d'Oise, département symbolique s'il en est, puisque Dominique Strauss-Kahn fut autrefois l'élu de ce département.
Dans l'ouest, la gauche a échoué à faire basculer le département de la Sarthe alors qu'elle en faisait un objectif national. Dans d'autres départements comme dans le Maine et Loire, la gauche recule, elle perd même 2 cantons tandis que la majorité de mon ami Christophe Béchu sort renforcée de ce scrutin.
En Bretagne, si la gauche maintient ses positions dans le Finistère et en Ille et Vilaine, elle a échoué à renverser la majorité en place dans le Morbihan. Et en Côtes d'Armor, "la majorité de gauche perd trois sièges"pour reprendre l'expression d'un quotidien régional lundi matin (Ouest-France 28/03/2011).
Monsieur le Président, une fois de plus, vos pronostics ont été démentis par les urnes.
En mars 2008, vous nous promettiez un groupe à un seul chiffre. Sans doute, à l'époque, aviez-vous péché par excès de suffisance puisque notre groupe est bien resté à deux chiffres avec au passage la conquête des cantons d'Uzel, de Pléneuf Val André et de Merdrignac.
La semaine dernière, vous nous avez annoncé le grand chelem dans les 17 cantons qui étaient en jeu pour le second tour.
Vous déclariez : " Nous pouvons tous les gagner " (OF 22/03/2011).
Le lendemain, le Secrétaire fédéral du Parti socialiste en remettait une couche si je peux dire : "Toutes les conditions, disait-il, sont réunies pour faire barrage à la droite et que les 17 cantons soient à gauche dimanche soir" (OF23/03/2011).
Il faut dire que rien n'avait été laissé au hasard pour favoriser "la dynamique de la gauche unie" pour reprendre votre expression :
- un accord qualifié "d'historique" signé en grande pompe en février dernier au siège de la fédération départementale du Parti socialiste avec l'alliance Europe écologie les Verts et UDB
- des candidatures uniques dans 8 cantons
- un contrat de mandature
- un accord de désistement pour le candidat le mieux placé au second tour
- Et pour couronner le tout une photo de famille dans la presse entre les deux tours censée symboliser cette union de la gauche.
Au bout du compte et malgré cette débauche de moyens, pas de grand chelem, un élu communiste encore en moins et une seule élue verte.
Monsieur le Président, pour tenter d'expliquer votre échec, vous avez incriminé "une faible mobilisation des électeurs de gauche, un mauvais report de voix et même des rivalités entre candidats de gauche" (Tgr 28/03/2011).
Y aurait-il eu des couacs dans cette union de la gauche idyllique ? Oui, si j'en crois ce que rapporte la presse sur plusieurs cantons.
En septembre dernier, vous affichiez l'ambition de "gagner partout" (Courrier indépendant 17/09/2010). Vous et vos nouveaux alliés avez échoué.
Nous avons conservé les deux cantons de Plouagat et Châtelaudren et nous gagnons de nouveaux cantons.
Je félicite nos collègues Jean Pierre LE GOUX et Yves Jean LE COQÛ pour leur brillante réélection. Elle n'est pas le fruit du hasard. Elle traduit leur fort ancrage local et le capital de confiance et de sympathie que l'un et l'autre ont su accumuler au fil des années grâce à leur action de proximité au service de la population de leurs cantons.
Leurs victoires électorales montrent qu'un vernis verdâtre sur un candidat autrefois divers gauche, le soutien de dernière minute du Président du conseil général ou l'agressivité d'un candidat socialiste d'appareil ne suffisent pas pour gagner une élection cantonale, loin s'en faut.
Dans un contexte national difficile, comment ne pas nous réjouir également des belles victoires de nos collègues Jean LE CAM et Michel DAUGAN qui reprennent à la majorité les cantons de Corlay et d'Evran.
Ils ont mené une campagne active sur le terrain en étant bien épaulés par leurs remplaçantes et leurs équipes de campagne. Je leur adresse nos chaleureuses félicitations en leur disant que nous les accueillons avec joie au sein de notre groupe. Je ne doute pas qu'ils auront à cœur de servir la population de leur canton, l'intérêt général et de porter les dossiers locaux dans notre assemblée.
Je n'oublie pas non plus que la majorité départementale a subi deux autres échecs : sur le canton de Loudéac où notre collègue Gérard HUET, que nous soutenions, a été réélu dès le premier tour, mais également sur le canton de La Chèze où le conseiller général socialiste sortant a été battu.
Bien entendu, je remercie les électrices et électeurs qui ont voté pour tous les candidates et candidats de qualité qui se sont engagés dans cette campagne des élections cantonales sous notre bannière de l'Union pour les Côtes d'Armor.
Je veux adresser ici un grand MERCI à nos candidates et candidats.
Malgré un contexte national difficile, ils se sont engagés avec envie dans cette campagne de proximité en allant à la rencontre de nos concitoyens et en portant des propositions et des projets alternatifs aux candidats de la majorité en place.
Je mesure aujourd'hui leur déception de ne pas avoir remporté, parfois à peu de voix, le succès électoral qu'ils méritaient. Mais je leur dis qu'ils doivent poursuivre leur action et leur engagement, car ils ont semé pour l'avenir.
Monsieur le Président, je persiste et je signe, votre alliance contre nature avec Europe écologie les Verts risque vite de montrer ses limites.
Il va falloir que vous nous expliquiez comment vous allez faire par exemple coexister dans la même majorité une conseillère générale d'Europe écologie les Verts avec une conseillère générale divers gauche élue sur le canton de Plélan le Petit qui, selon le candidat battu soutenu pourtant par la majorité départementale, a basé sa campagne sur "tout sauf un écologiste au conseil général".
Oui, votre alliance électorale de circonstance entre le Parti Socialiste, Europe écologie les Verts et les autonomistes de l'UDB nous interroge alors que les alliés d'aujourd'hui se déchirent déjà dans des départements comme La Loire Atlantique où les écologistes dénoncent l'hégémonie socialiste après leur défaite aux élections cantonales dont ils jugent les socialistes responsables.
Bonjour l'ambiance ! Cela promet lorsque demain chacun fera campagne de son côté pour soutenir son poulain respectif à l'élection présidentielle de 2012.
Oui, nous ne comprenons pas votre alliance alors que le groupe Europe écologie les Verts ne siège même pas dans la majorité régionale de Jean Yves Le DRIAN.
Expliquez-nous comment cette alliance peut fonctionner alors que le porte parole du groupe Europe écologie les Verts au conseil régional critique la politique du Président du conseil régional dans la lutte contre les algues vertes ?
Expliquez-nous encore comment cette alliance en Côtes d'Armor entre le Parti Socialiste et Europe écologie les Verts est tenable alors que la secrétaire nationale d'Europe Ecologie Les Verts vient de qualifier le Président socialiste du conseil régional "d'escroc" à la suite de sa décision légitime d'assigner en justice France Nature Environnement contre sa campagne d'affichage pour atteinte à l'image de la Bretagne.
J'observe à ce propos que le Président du conseil général des Côtes d'Armor n'a pas témoigné beaucoup de solidarité dans la presse à l'égard du Président du conseil régional.
Nul doute que le Président du conseil régional a dû apprécier cette grande solidarité entre "camarades socialistes" !
En tout cas, je vous souhaite bien du plaisir dans les mois qui viennent avec votre nouvel ami, l'opposant vert du Président du conseil régional de Bretagne.
Nous compterons les points.
Pour notre part, nous abordons cette nouvelle mandature avec l'esprit qui nous a toujours animé.
Nous continuerons à être des opposants responsables mais résolus et déterminés.
Ces élections cantonales n'ont pas effacé les divergences qui nous séparent sur de nombreuses politiques départementales, ni sur la manière dont vous gérez les finances départementales.
Nous serons à la fois critiques sur les politiques qui ne correspondent pas à l'idée que nous nous faisons de l'intérêt départemental. Mais dans le même temps, nous continuerons à vous faire des propositions.
Je note d'ailleurs avec satisfaction que vous commencez à nous écouter sur le haut débit alors que pendant cette campagne beaucoup de nos concitoyens nous ont dit qu'ils rejetaient la technologie WIMAX.
Nous attendons rapidement un changement de politique sur ce dossier face à l'exaspération et la colère de nos concitoyens dans de nombreux cantons.
Pour les trois ans qui viennent, et en dépit de l'intense période électorale que nous allons connaître au plan national, nous souhaitons que nos débats soient républicains et constructifs pour le bien être des costarmoricains mais nous voulons aussi que le respect des hommes et des femmes qui siègent au sein de cette assemblée demeure un principe intangible de notre démocratie départementale.
Je vous remercie.