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Jeudi 30 avril 2009

 

Le Président du conseil général a souhaité consacrer une journée de session extraordinaire à la démarche prospective Côtes d'Armor 2020 démarrée voici trois ans en mai 2006. À maintes reprises, j'ai fait part du scepticisme de l'Opposition départementale sur cette vaste opération de communication même si nous ne sommes pas opposés à une réflexion prospective sur notre territoire.


Cette session de prospective nous est apparu en décalage face aux difficultés économiques et sociales que doit affronter notre département : hausse alarmante du chômage, augmentation des dépôts de bilan d'entreprises, baisse des carnets de commande, multiplication des mesures de chômage partiel et de licenciements économiques dans de nombreuses entreprises costarmoricaines.

La majorité nous a rétorqué que "la crise ne doit pas arrêter l'imagination". Peut-être, mais on touche très vite aux limites de cet exercice quand elle nous dit que "pas une institution, pas un expert, pas un politique ne peut vraiment dire qu'il avait prévu l'ampleur de la crise". Et surtout lorsqu'elle rajoute que "personne ne peut dire ce que sera demain".

La vision idyllique des Côtes d'Armor en 2020 qui nous a été présentée par les experts est bien loin des difficultés auxquelles sont confrontées au quotidien les costarmoricains.

 

Lors de son lancement, Côtes d'Armor 2020 ambitionnait d'être une démarche exemplaire de démocratie participative. Trois ans après, à l'heure du bilan, le succès espéré n'est pas au rendez-vous. Les 5 enquêtes ciblées ont suscité de faibles niveaux de réponse : 7 700 seulement pour l'enquête auprès des costarmoricains.

Les multiples conférences, rencontres, réunions publiques et autres colloques n'ont rassemblé que 6 000 personnes.

Le blog estampillé "Côtes d'Armor 2020" n'a pas mobilisé les costarmoricains. Au 22 avril dernier, on dénombrait seulement 94 réactions aux articles et vidéos mis en ligne sur les 17 rubriques thématiques alors que le blog est ouvert depuis deux ans. Le débat entre internautes sur ce blog n'a pas été au rendez-vous, ni à la hauteur des ambitions affichées.

 

Côtes d'Armor 2020 est une opération coûteuse pour les contribuables costarmoricains. 630 000 Euros de crédits ont été votés pour cette opération depuis trois ans afin de financer toutes sortes de manifestations publiques et festives.

L'assemblée départementale n'a jamais été informée précisément des coûts de toutes ces manifestations. C'est la raison pour laquelle nous avons demandé un bilan financier détaillé pour la session de septembre retraçant pour chaque manifestation toutes les dépenses engagées par le département.

Les propositions d'actions concrètes qui nous été présentées ne constituent en rien un début de réponse aux handicaps de notre département identifiés par les costarmoricains dans toutes les enquêtes préalables à cette démarche : vieillissement de la population, exode des jeunes, tissu économique pas assez diversifié, difficultés à trouver un emploi en Côtes d'Armor, manque d'attractivité du territoire départemental, offre de formation inadaptée aux besoins des entreprises, problèmes de pollution et d'environnement.

 

Tout au contraire, nous avons droit à un catalogue de grandes priorités théoriques et d'actions "emblématiques".

Le vieillissement de la population, problématique essentielle de notre département, ne constitue même pas l'un des 8 axes stratégiques, ni l'une des actions "emblématiques" où le Conseil général est maître d'ouvrage. En quoi changer le regard et les représentations sur le vieillissement ou animer une plateforme "économie des seniors" vont-ils permettre de répondre à l'enjeu du vieillissement et à ses conséquences en terme de prise en charge de la dépendance alors que 1 500 personnes âgées attendent une place en établissement dans notre département ?

De même, pas une action "emblématique" n'est consacrée au handicap dans les actions où le Conseil général est maître d'ouvrage si ce n'est la mise en accessibilité des sites et bâtiments comme l'impose la loi Handicap de février 2005.

Les propositions d'actions sont faibles s'agissant du manque de diversification économique de notre département. "Rassembler les principales structures du monde socioéconomique afin de poursuivre le travail sur la diversification économique" est d'une portée limitée quand ailleurs ces mêmes structures attirent des investisseurs créateurs d'emplois.

Ainsi en Saône et Loire, département de Monsieur Arnaud Montebourg, l'action conjuguée de l'Agence de développement Bresse initiative et de l'Agence régionale Bourgogne développement a permis tout récemment d'attirer l'implantation d'un grand groupe agroalimentaire polonais avec à la clé la création de 350 emplois d'ici à 3 ans. Cela fait rêver. Le département des Côtes d'Armor a pourtant des relations privilégiées avec la Pologne.

La proposition de "renforcer et valoriser les parcs et jardins des Côtes d'Armor", même si je ne la conteste pas, ne permettra pas d'améliorer l'accessibilité et l'attractivité économique des Côtes d'Armor dont le défaut est souligné par les décideurs économiques.

Par ailleurs, c'est très bien de nous proposer de "construire le collège du 21ème siècle", mais commençons d'abord par rénover les nombreux collèges publics vétustes du 20ème siècle de notre département.

De même, la proposition de créer un site Internet pour les jeunes quittant le département n'apparaît pas à la hauteur du défi représenté par l'exode des jeunes.

La réponse consistant à privilégier l'arrivée de jeunes migrants est une solution parmi d'autres. Malheureusement, je n'ai trouvé aucune réponse à la vraie question : pourquoi les jeunes costarmoricains à l'âge des études supérieures et du 1er emploi quittent leur département ?

 

D'autres propositions sont critiquables comme celles de vouloir pérenniser les rencontres Côtes d'Armor 2020, créer une instance départementale unique de démocratie participative ou mettre en place une maison départementale du citoyen alors qu'une véritable maison départementale des adolescents serait sans doute beaucoup plus utile aux jeunes costarmoricains.

 

En mai 2006 l'assemblée départementale décidait d'engager la réflexion prospective Côtes d'Armor 2020 afin, nous disait-on à l'époque, "d'identifier les enjeux majeurs mais aussi les projets et propositions concrètes et opérationnelles à mettre en œuvre sur le département au cours des prochaines années."

Cette belle intention n'a hélas pas été suivie d'effet puisqu'à l'occasion de cette session, on nous proposé seulement "de prendre acte des acquis de cette démarche".

Bref, trois ans après, nous continuons de prendre acte sans décider quoi que ce soit, sans délibérer sur la moindre proposition opérationnelle et sans voter le moindre projet concret.

Oui, il est vraiment temps de mettre un terme à cette opération de communication qui n'a que trop duré et surtout coûté trop chère aux contribuables costarmoricains.

Notre groupe de l'Opposition s'est abstenu sur cette délibération.

 

 

 


Jeudi 30 avril 2009 4 30 /04 /Avr /2009 19:04
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