Monsieur le Président,
Mes cher(es) collègues,
Beaucoup de choses ont été dites depuis ce matin je veux malgré tout apporter la petite pierre de notre groupe à l'édifice du développement durable.
Dans l'expression développement durable il y a développement et durable : développement économique, développement social, développement environnemental. Il y a aussi
le mot durable. L'économique, le social et l'environnemental doivent donc s'imaginer dans la durée.
Or, ces deux notions de développement et de durabilité semblent devenir des notions antagonistes. C'est la raison pour laquelle dans l'urgence, les Etats découvrent la nécessité d'une prise de
conscience rapide et efficace afin de contrecarrer cette dichotomie.
Le défi qui nous est imposé est donc bien de concilier ces deux notions.
Aujourd'hui nous sommes arrivés à un tournant de notre histoire :
- le réchauffement de la planète,
- les gaz à effet de serre,
- la raréfaction des énergies fossiles et la nécessité de trouver des énergies de substitution,
- l'augmentation irraisonnée des pollutions domestiques, agricoles ou industrielles,
- la nécessité de nourrir la population de notre planète avec l'obligation d'arriver à un équilibre social nous obligent à réagir.
Comment notre planète pourra-t-elle nourrir d'ici 50 ans 9 milliards d'habitants ? Avec quelles ressources ?
Comment pouvons-nous lutter contre le réchauffement climatique et ses effets ruineux sur nos économies ?
Quand je dis cela, je pense au rapport Stern qui chiffre le coût du réchauffement climatique à 5 500 Milliards d'Euros, à l'instant T si rien n'est fait.
Comment pouvons-nous faire pour diminuer l'empreinte écologique de nos pays occidentaux afin de ne pas accaparer toutes les ressources énergétiques, agricoles et
alimentaires ? Jacques CHIRAC au sommet de la Terre en 2002 à Johannesbourg déclarait : "Si l'humanité entière se comportait comme les pays du Nord, il faudrait 2 planètes supplémentaires
pour faire face aux besoins".
C'est vrai qu'aujourd'hui, nous ne pouvons plus attendre.
A tous les niveaux de la société nous devons mettre tout en œuvre pour arrêter ce processus qui apparaît inéluctable.
Le rapport du Groupe Intergouvernemental d'experts sur le climat en février dernier est sans équivoque. L'homme est responsable de l'augmentation des
concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère et donc de la hausse des températures moyennes sur notre planète depuis le milieu du XIXème siècle.
Même si des études complémentaires sont encore nécessaires sur leur origine, certains dérèglements sont déjà à l'œuvre entraînant des effets dévastateurs pour les
populations concernées : hausse de la fréquence des ouragans, intensification des canicules comme celle dont a été victime l'Europe du Sud cet été, multiplications des inondations…
Face aux menaces, les Etats ont pris des engagements internationaux. Le protocole de Kyoto adopté en 1997 impose une baisse de 5,2 % des émissions de gaz à effet de
serre d'ici à 2012.
Les pays du G8 en juin dernier se sont mis d'accord pour diminuer de 50 % leurs rejets de gaz à effet de serre d'ici 2050.
Ces engagements restent malheureusement fragiles, car tous les états ne participent pas à la lutte contre le réchauffement climatique. Je pense en particulier à la
Chine dont l'activité industrielle débordante représente 70 % de l'accélération du rejet de gaz carbonique dans l'atmosphère sur la période récente (+ 3 % par an entre 2000 et 2004 contre + 1,1 %
par an entre 1990 et 2000) ou aux Etats-Unis qui délivrent des permis de polluer.
L'enjeu autour du développement durable est intimement lié à la réflexion sur le modèle de la croissance.
Pour paraphraser le titre du premier atelier de ce matin, je ne crois pas qu'il faille "stopper la croissance et le développement pour sauver la
terre".
L'approche de Nicolas Hulot m'apparaît par contre pertinente. "L'idée, dit-il, n'est pas d'aller vers une société de privation mais vers une société de
modération".
Nous souhaitons cette approche d'une croissance et d'un développement soutenables plutôt que restrictif.
L'humanité est pour nous d'abord source de progrès.
L'homme n'est pas seulement "un loup pour l'homme" pour citer le philosophe anglais Thomas Hobbes.
Il n'est pas forcément condamné à un "état de nature" qui finirait pas le détruire .
Il peut également agir en bien pour restaurer son environnement grâce au droit international et à la volonté politique.
C’est le cas avec l'accord trouvé ces derniers jours à Montréal pour avancer de 10 ans l'élimination totale des gaz responsables de la destruction de la couche
d'ozone.
Selon le Programme des nations Unies pour l'environnement, cet accord se soldera au final par une réduction de 3,5 % des émissions de gaz à effet de serre avec des
effets équivalents à ceux du protocole de Kyoto.
Monsieur le Président, ce type d'accord international pour l'environnement vaut pour tous les Agendas 21 locaux.
En effet, au niveau de nos collectivités, notre devoir est également de participer activement à la mise en œuvre de mesures concrètes en faveur du développement
durable. En clair, nous devons montrer l'exemple à l'échelle de nos villes, de nos agglomérations, de nos départements, de nos régions.
En la matière, le Gouvernement montre déjà l'exemple :
- Un grand Ministère du Développement Durable a été créé pour que l'environnement ait enfin les moyens de ses ambitions.
- Dans quelques semaines, se tiendra pour la première fois "un Grenelle de l'Environnement". Il débouchera non pas sur un enième plan mais au contraire sur un
ambitieux programme d'actions concrètes pour répondre à l'urgence du développement durable.
Il y a bien urgence, car "quand le sort du monde est en jeu", comme le Président de la République l'a déclaré lors du Sommet du G8 en Allemagne en juin
dernier, "les dirigeants ont une responsabilité morale envers tous les hommes".