Monsieur le Président,
Cher(es) Collègues,
Nous nous retrouvons aujourd'hui pour notre traditionnelle session d'automne. Au menu, quelques rapports d’étapes et des rapports d’information. Une fois de plus on peut s’interroger sur
l’intérêt d’une session dont l’indigence n’a échappé à personne. Je ne parle évidemment pas du nécessaire échange sur le développement durable prévu ce mardi.
Les délibérations qui nous sont soumises ne devraient donc pas prolonger la journée au-delà d’un horaire tout à fait
raisonnable.
Je vais essayer d’observer la politique départementale à travers le prisme des orientations et des actions du gouvernement qui, chacun le reconnaît, déploie ses initiatives dans toutes les
directions grâce à la volonté du chef de l’Etat avec l'appui de la nouvelle majorité élue en juin à l'Assemblée Nationale.
A ce propos, permettez-moi de saluer la reconnaissance par ses pairs de notre collègue Marc Le Fur brillamment élu
Vice-président de l'Assemblée Nationale. C’est un signe d'encouragement pour nos militants, les élus et les idées que nous portons dans ce département. C’est aussi à n’en pas douter un honneur
pour tous les costarmoricains.
Depuis juin dernier, des chantiers importants ont été mis en œuvre. Il est trop tôt pour faire un bilan mais on peut
tenter une esquisse.
Au plan européen, nous nous félicitons du retour de la France sur le devant de la scène. Le projet de traité simplifié de
Nicolas Sarkozy, que la gauche n'a eu de cesse de fustiger pendant la campagne présidentielle, a été accepté par les autres pays européens au sommet de Bruxelles. Ce succès diplomatique, qui
paraissait hors de portée il y a encore quelques mois, a été salué à sa juste valeur y compris par les citoyens et par des personnalités socialistes éminentes : Messieurs Strauss-Kahn et
Lang. par exemple.
Au plan national, plusieurs engagements pris durant la campagne présidentielle ont donc déjà été concrétisés dans les
textes de lois votés cet été par le Parlement
- L'autonomie attribuée aux universités met désormais l'enseignement supérieur en situation d'affronter la concurrence
internationale.
· Le service minimum va permettre enfin aux usagers des
transports collectifs de ne plus être les victimes impuissantes de mouvements sociaux qui les prenaient en otage. Un mouvement social, même s’il a toute sa légitimité ne doit jamais pénaliser
les autres travailleurs et les autres usagers.
· Les heures supplémentaires, dorénavant mieux payées et
défiscalisées, soutiendront le pouvoir d'achat des ménages et relancerons la croissance.
· Le crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt va rendre
l'accession à la propriété plus accessible et moins coûteuse pour des milliers de familles.
Au plan social, le Président de la République vient d’indiquer des pistes pour réformer dans le dialogue et la
négociation notre système social à bout de souffle.
Les régimes spéciaux de retraites seront harmonisés avec celui de la fonction publique et les 35 heures assouplies pour
permettre aux salariés de préférer la rémunération au temps libre.
Comme à son habitude, le premier secrétaire du parti socialiste a tout rejeté en bloc oubliant qu'il y a quelques jours
seulement le bureau national du PS se déclarait à l'unanimité favorable à l'évolution négociée des régimes spéciaux de retraites. D'ailleurs, il n'est pas seul puisque plus des deux tiers
des sympathisants de gauche et des salariés du secteur public approuvent la mise à plat pour réforme des régimes spéciaux.
Le premier secrétaire encore lui ne veut pas non plus entendre parler de l'assouplissement des 35 heures. Pourtant, au
début de ce mois à La Rochelle lors de l'Université d'été du PS, il affirmait : "la France ne travaille pas assez, le futur n'est plus à la diminution uniforme du temps de travail" (Le Monde
3/09/2007) Curieux !
Décidément comme le souligne un éminent spécialiste interrogé ce matin dans le quotidien Ouest-France, je cite « la gauche
favorise le conservatisme social ».
Dans le domaine de l'insertion, le chef de l'Etat agit également.
Le Revenu de Solidarité Active, idée chère à Martin Hirsch, est sur les rails. Il confirme encore une fois la volonté du
Président de la République de réhabiliter le travail et de permettre à nos concitoyens fragilisés de retrouver toute leur dignité en gagnant mieux leur vie par le travail plutôt qu'en
restant inactif et assistés.
Le contexte économique est porteur. Le chômage diminue régulièrement depuis février 2005 même si quelques ajustements sont
nécessaires en terme de chiffres. Les créations d'emplois sont fortes avec 239 000 emplois salariés créés sur l'année 2006 et 300 000 créations de postes prévus pour l'année 2007.
Le nombre de foyers qui perçoivent le RMI est en baisse de 5,9 % sur un an.
Pourtant, j'observe que le Président de l'ADF trouve cette "décrue trop faible". Dont acte. Mais si je ne me trompe,
ce sont bien les départements qui sont en charge de l'insertion professionnelle des allocataires du RMI.
En ce domaine les résultats des départements sont contrastés. Il y a les premiers de la classe et les autres. La CNAF ne nous
situe pas dans la première catégorie. Nous faisons à peine du 2% quand d’autres flirtent avec les 7% de baisse…
A maintes reprises également, par la voix de notre collègue Gérard Bertrand, nous nous sommes interrogés sur votre politique d'accueil et d'hébergement en établissement pour les personnes âgées
dépendantes.
Comme vous le savez, le Président de la République a annoncé la création en 2008 d'une 5ème branche de la protection
sociale consacrée à la dépendance et le lancement dans les prochaines semaines d'un grand Plan national contre la maladie d'Alzheimer.
Dans un département comme le nôtre, marqué par le vieillissement et l’augmentation des populations dépendantes, cette grande
priorité du quinquennat devrait rencontrer un écho particulier et être accompagnée par les politiques départementales.
La Fondation Alzheimer montre dans sa dernière enquête que nous sommes mal placés pour la prise en charge en accueil de jour
des personnes atteintes par cette maladie.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’abondance et la qualité de l’offre d’accueil n’est pas liée à la richesse
financière des départements. La Fondation Alzheimer démontre sans contestation possible que les situations départementales les plus favorables au niveau de l'offre de prise en charge
s'expliquent par les politiques sociales territoriales développées dans ces départements et non par la richesse économique, la proportion de personnes âgées ou l'état de santé de la
population.
Voilà un beau et utile sujet de réflexion qui pourrait peut-être faire l’objet d’un schéma spécifique de prise en charge de la
grande dépendance liée à la maladie d'Alzheimer et aux pathologies associées ?
Monsieur le Président, vous avez dit sur le stand Côtes d'Armor 2020 installé l'autre jour à la foire exposition de
Saint-Brieuc : "il faut diversifier notre économie".
Dans ce domaine, vous restez le plus souvent dans le registre de l'incantation tandis que 64% des costarmoricains sondés
par Côtes d'Armor 2020 trouvent que le tissu économique du département est insuffisamment diversifié pour permettre à tout le monde de trouver un emploi.
Certes, je note que vous commencez à vous préoccuper de cette question. Un groupe de travail consacré à la diversification
économique a été constitué.
Mais cela suffira-t-il Monsieur le Président ?
J'en doute.
Il y a quelques années, parmi les pistes de diversification de l'économie départementale figurait l'implantation de multiples
centres d'appel dans notre département.
A l'époque, on nous présentait les Côtes d'Armor comme la nouvelle "terre promise" des centres d'appel. D'ailleurs, on ne
lésinait pas sur les moyens. Une association spécifique "Côtes d'Armor numériques" avait été mise en place et des locaux avaient été financés par notre collectivité pour les
accueillir.
Aujourd'hui, que constatons-nous ? L'association Côtes d'Armor numériques a rendu l'âme et les centres d'appel continuent de
s'implanter ailleurs que dans notre territoire, à Caen, Angers, Laval et tout récemment à Vitré mais, héla, plus en Côtes d'Armor.
Je m'interroge quand j'observe que 24 % des chefs d'entreprises costarmoricains sondés par Côtes d'Armor 2020 estiment que
notre département n'est pas attractif.
Vous le voyez M le Président nous ne sommes pas les meilleurs partout.
Il est temps que vous réagissiez en faisant preuve de beaucoup plus de volontarisme et d'efficacité sur le terrain du
développement économique au coté des chefs d’entreprises au risque de voir notre département irrémédiablement décroché de la compétition entre les territoires.
Vous préférez semble-t-il déployer votre énergie sur le terrain de la communication.
Avec l'opération Côtes d'Armor 2020 en effet, rien n'est trop "beau pour vous permettre de donner l'illusion d'agir : sondages,
colloques, conférences, groupes de travail, réunions de pays au cours desquels par parenthèse vous oubliez parfois d’associer le président de la communauté d’agglomération concernée, blog,
livres, séances extraordinaires de notre assemblée, j’en passe et des meilleures.
Par contre, vous n'avez pas apprécié la "mauvaise idée", selon vous, du Président du conseil régional d'inviter le Président de
la République à tenir un conseil des ministres décentralisé en Bretagne.
Je pense pour ma part que cela est une excellente idée qui permettra à notre région de bénéficier d’un éclairage médiatique non
partisan.
L’ouverture est à l’ordre du jour M le Président Vous avez sûrement remarqué avec intérêt celle sans précédent qui a été
réalisée en direction de l’opposition à l’assemblée nationale quand la décision a été prise de confier la présidence de la Commission des Finances au député socialiste Didier Migaud ou
celle tout aussi importante qui a consistée à confier des ministères à des homme et des femmes d’horizons politiques différents.
Dans ce domaine, Monsieur Le Président, le département pourrait ouvrir un chantier utile dans l’esprit que vous entendez donner
à la démocratie participative et à la Charte de débat public. Le temps est compté maintenant mais je crois que la majorité départementale issue des urnes en mars prochain serait bien
inspirée de confier une présidence de commission à son opposition. Cette initiative lui permettrait d’enrichir ses apports en terme de réflexion et de donner la possibilité à une plus large
frange de citoyens d’accéder aux décisions départementales et d’être enfin entendue et pas seulement écoutée.
Ce serait là, à n'en pas douter, un signe de progrès pour la démocratie locale représentative et une manière innovante de faire
vivre la démocratie participative au sein de notre assemblée départementale.
Je vous remercie.